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LulLABy ?
LulLABy est un laboratoire bébé de la Faculté de Psychologie, des Sciences de l'Education et de Logopédie de l'Université libre de Bruxelles dédié à l'étude du développement cognitif du bébé et du jeune enfant. Il est dirigé par Adélaïde de Heering.
Notre équipe s'intéresse à la manière dont les bébés perçoivent et interagissent avec le monde qui les entoure, ainsi qu'à leurs capacités d'apprentissage. En approfondissant nos connaissances sur le sujet, ces études aident à mieux comprendre les conditions d'apprentissage qui favorisent le développement des bébés.
Vous pouvez également découvrir davantage notre laboratoire à travers une série de vidéos que vous retrouverez ici.
Les apprentissages précoces sont ces apprentissages tels qu’on les observe dans la petite enfance (0 à 3 ans) quand ils se font de manière active mais en autonomie (« active learning » – doctorante : Laura BOURGAUX – publication[1]) ou en compagnie d’un adulte qui fournit au nourrisson de l’information pertinente pour qu’il apprenne (« social learning » – doctorante : Romane BOULANGER). Il apparaît en effet que les nourrissons sont, dès les tout premiers stades de leur développement, des apprenant·e·s efficaces qui agissent activement sur leurs propres apprentissages. Ils ne sont donc ni des entités passives, ni des agents qui distribuent leur attention de manière aléatoire sur le monde. Comme déjà mentionné, ils sont par ailleurs sensibles au contexte social qui leur est proposé. Ainsi, ils témoignent, très jeunes déjà, de comportements prosociaux, même si les bases neuronales de cette sensibilité restent largement méconnues, principalement en raison de la difficulté à concevoir des protocoles électrophysiologiques (EEG) à la fois puissants, courts et confortables, et donc compatibles avec la recherche telle qu’elle se mène en sciences cognitives, avec les nourrissons. Dans le laboratoire, nous utilisons une technique non invasive dérivée de l’électroencéphalographie, les potentiels évoqués en régime stationnaire (steady-state evoked potentials, SS-EP) que l’on appelle aussi « frequency-tagging » (publication[2]) car elle permet d’explorer la cognition du nourrisson en complément éventuel d’autres approches (approche comportementale, oculométrique ou de modélisation computationnelle). Nous avons retenu cet outil parmi d’autres techniques de neuroimagerie car il ne requiert aucune réponse verbale ou motrice de la part du participant, qu’il est insensible aux variations non pertinentes des stimuli comme les variations de luminance, qu’il est sensible aux modulations attentionnelles et qu’il présente une faible susceptibilité aux artefacts de mouvement tout en témoignant d’une sensibilité générale particulièrement élevée, ce qui permet d’obtenir un rapport signal/bruit élevé malgré des enregistrements EEG de courte durée. En deux mots, cette technique profite aussi du fait que notre cerveau se synchronise à la présentation périodique, rythmique, de stimuli qui sont présentés à l’écran et c’est à l’aide de celle-ci que nous avons pu mettre en avant, dans le laboratoire et à travers diverses collaborations, à quel point les bébés (et les adultes) témoignent de capacités exceptionnelles d’apprentissage et notamment en regard des visages (publication[3]) et d’autres stimuli émotionnels (publications[4],[5]).
[1] Bourgaux, L., Rekow, D., Leleu, A., & de Heering, A. (2026). Context matters: Human faces hinder face pareidolia. Journal of Cognitive Neuroscience.
[2] Kabdebon, C., Flo, A., de Heering, A., & Aslin, D. (2022). The power of rhythms: how neural entrainment reveals neurocognitive development. Neuroimage, 254, 119150.
[3] Quek, G.L., & de Heering, A. (2024). Visual periodicity reveals distinct attentional signatures for face and non-face categories. Cerebral Cortex, 34, bhae228.
[4] Bertels, J., de Heering, A., Bourguignon, M., Cleeremans, A., & Destrebecqz, A. (2023). What determines the neural response to snakes? A systematic comparison of color and grayscale stimuli. Frontiers in Psychology, 14, https://doi.org/10.3389/fpsyg.2023.1027872.
[5] Bertels, J., Bourguignon, M., de Heering, A., Chetail, F., De Tiège, X., Cleeremans, A., & Destrebecqz, A. (2020). Specific neural responses to snakes in the infant’s brain. Scientific Reports, 10, 7443. doi: https://doi.org/10.1038/s41598-020-63619-y.
Les apprentissages précoces
Je m’intéresse depuis toujours à la plasticité cérébrale et aux apprentissages précoces, ce qui explique pourquoi ces thématiques sont devenues mes principaux centres d’intérêt scientifiques lors de ma thèse de doctorat (2004–2009) et de mes travaux postdoctoraux (2009–2020). Parmi les nombreuses manifestations possibles de ces intérêts, j’ai choisi, pour ma thèse, de me concentrer sur la manière dont les individus au développement typique perçoivent, reconnaissent et différencient les visages car le lien que nous entretenons avec les visages constituaient, à mes yeux, une sorte de vitrine sur le fonctionnement du cerveau dans la mesure où les visages servent d’interfaces perceptives et émotionnelles à nos interactions quotidiennes.
Adélaïde de Heering
Depuis mon travail postdoctoral avec Axel CLEEREMANS (CRCN, ULB, – voir publication[1]) et Sid KOUIDER à l’École Normale Supérieure de Paris (2019-2020), je continue à marquer, sur un deuxième axe, un intérêt profond pour l’exploration des marqueurs précoces de la conscience dans le but de déterminer s’il existe un siège, un marqueur cérébral de la conscience qui pourrait être mis en évidence chez le nourrisson. J’ai, à ce titre, poursuivi depuis mon engagement, et notamment avec mon ancienne post-doctorante Audrey MAZANCIEUX, les travaux que j’avais entamés avec Axel CLEEREMANS sur la thématique plus spécifique de l’existence d’une activité subliminale, non-consciente (publication[2]), ce qui a d'ailleurs donné cette année une nouvelle publication[3]. J’ai en outre été, cette année aussi, l’heureuse récipiendaire d’un projet de recherche (PDR/FNRS) intitulé ALICE pour « the Acquisition and Learning of (Infant) Conscious Experience » pour étudier comment la conscience émerge et se développe chez les nourrissons. Bien qu’il soit déjà établi que les nourrissons possèdent des capacités cognitives complexes, le domaine des études de la conscience manque en effet encore à l’heure actuelle d’études empiriques solides qui permettent de déterminer de manière univoque quand et comment la conscience apparaît au cours de la petite enfance. ALICE va donc tenter de combler cette lacune en testant si les nourrissons sont conscients dès le plus jeune âge et si leur cerveau apprend à l’être par un processus actif de redescription progressive des expériences, notamment à l’aide du langage. Le projet repose aussi sur l’hypothèse que la conscience nécessite des représentations de haut niveau grâce auxquelles le cerveau apprend à propos de ses propres représentations. Il teste enfin trois hypothèses plus spécifiques : la première est que la conscience est présente dès la petite enfance, la deuxième, que la conscience se développe grâce à un processus de redescription comme mentionné ci-dessus et la troisième, enfin, que le processus se déploie dans le temps, ce qui entraîne des changements irréversibles dans la manière dont le monde est perçu.
[1] Cleeremans, A., Achoui, D., Beauny, A., Keuninckx, L., Martin, J.R., Munoz-Moldes, S., Vuillaume, L., & de Heering, A. (2020). Learning to be conscious. Trends in Cognitive Sciences, 24, 112-123.[2] Beauny, A., de Heering, A., Muñoz Moldes, S., Martin, J.R., de Beir, A., & Cleeremans, A. (2020). Unconscious categorization of sub-millisecond complex images. PlosOne. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0236467.[3] Mazancieux, A., Cleeremans, A., & de Heering, A. (2026). Frequency-tagging as a measure of conscious face perception. Cortex.
Les marqueurs précoces de la conscience
Le troisième axe qui a occupé et occupe encore mon travail aujourd’hui dérive de mes nombreuses interactions avec ma collègue Claire KABDEBON maintenant en poste à l’Université Aix-Marseille avec qui nous avons imaginé une série d’études qui vise à démontrer que la créativité précoce, renommée ensuite à plus juste titre curiosité précoce (“early curiosity”), est à la base de, et sert de relais, à tous les premiers apprentissages. Un post-doctorant, Romain DI STASI, travaille sur le sujet . Son projet explore plus spécifiquement la manière dont la prévisibilité de l’environnement influence la curiosité et l’apprentissage des bébés de 18 à 24 mois. Notre hypothèse par rapport à ceci est que ce sont les niveaux intermédiaires de prévisibilité (ni trop prévisibles, ni trop imprévisibles) qui optimisent les processus d’apprentissage et, pour le tester, nous menons une série d’études qui impliquent des cubes interactifs qui émettent des sons de manière plus ou moins prévisibles. Plus particulièrement, les nourrissons observent un expérimentateur qui manipule l’un des quatre cubes lors d’une première phase de testing. La particularité est ici que chaque cube émet un son avec des probabilités variables lorsque son bouton, positionné sur sa face supérieure est enfoncé, de sorte que, selon le cube, un son est produit 0, 1, 4 ou 8 fois sur 8 pressions. Les nourrissons reçoivent ensuite le cube en retour dont le son est désactivé pendant une minute, ce qui constitue la phase de test. Leur curiosité est alors évaluée au moyen d’un indicateur indirect, à savoir la proportion de pressions alternatives sur les boutons positionnés sur les autres faces du cube, par opposition aux pressions répétitives sur le même bouton qui reflètent respectivement les comportements d’exploration et d’exploitation des nourrissons. À cela sont couplés des mesures de l’intensité de la surprise et de l’éveil physiologique que les nourrissons manifestent par l’intermédiaire de l’activité électrodermale (AED) et de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC).
Parallèlement à cela, il est prévu d’adapter le protocole expérimental aux primates non-humains. L’étude pilote devrait débuter au printemps 2026.
La curiosité précoce
Le dernier axe de recherche est tout récent et s’inscrit dans les intérêts de Bianca COLLEONI, collaboratrice scientifique dans le laboratoire, pour la manière dont le jeu participe aux apprentissages précoces (« play and learn »). L’objectif de ce projet sera de tester si, comme pour la curiosité précoce, ce sont les jeux ni trop simples, ni trop complexes, qui donnent lieu aux apprentissages les plus marqués chez le nourrisson.
Parallèlement à cela, il est prévu d’adapter le protocole expérimental aux primates non-humains. L’étude pilote devrait débuter au printemps 2026.